Là où l’artisan s’applique, Jivya Soma Mashe laisse fuser son trait sur le support. L’exemple du filet de pêche, l’une des figures emblématiques de l’artiste, caractérise sa manière de peindre, ou plus exctement sa façon de vivre la peinture.

Les mailles du filet de pêche sont représentées par des milliers de petits cercles accrochés les uns aux autres. Il n’y a aucune application réaliste dans le dessin. Chacun de ces cercles est sensiblement différents l’un de l’autre. Le même geste répété à l’infini, afin que ces milliers de petits cercles associés forment un filet, ne semblent provoqué aucune lassitude chez l’artiste, le geste n’est jamais figé, crispé par la longueur apparente de l’exercice.

Au contraire, plus il est répété, plus il prend vie. L’infini répétition lui confère cette vie qui vibre sous notre regard. Le geste pictural devient psalmodie visuelle. L’approche picturale, répétitive mais jamais semblable, de Jivya Soma Mashe, que ce soit pour le traitement graphique de ce filet de pêche comme, entre autres, de ses nombreuses scènes liées aux cultures, s’apparente alors, avec étonnement et ravissement, au cadre mélodique des Râgas.



Where the craftsman works with great care, Jivya Soma Mashe lets erupt his line on the canvas. The example of the fishnet, one of the emblematic works of the artist, is characteristic of his way of painting, or more exactly his way of living the painting.

The fishnet is represented by thousands of small circles clinging to each other. There is no realistic application in the drawing. Each of these circles is significantly different from one another. The same gesture, endlessly repeated so that these thousands of small circles associate to form a net, do not seem to cause tiredness to the artist, the gesture is never frozen nor tensed by the visible length of the exercise.

On the contrary! The more it is repeated, the more it comes to life. The endless repetition gives life that catches the eye. The act of painting becomes a visual psalmody. Jivya Soma Mashe's pictorial approach, repetitive but never the same, either for the work process of this fishnet, or for its many Warli scenes, is surprisingly similar to the Ragas melodic frame.




The extremely rudimentary visual representation in their wall paintings is constructed around a graphic vocabulary, more basic than which it is hard to get: circle, triangle and square. The circle and triangle issue from the Warli's observation of nature--the circle from their observation of the moon and the sun, and the triangle from their observation of mountains (and more specifically the sacred mountain with its sharp, pointed peak) and trees with their tops thrusting skywards. It is just the square that does not seem to come from any observation of nature; rather, it appears to be a human creation, designed to bound the sacred enclosure--the plot of land.

The bodies of human beings, like those of many kinds of animals, are depicted by means of two triangles, one upside down, whose respective tips touch. The upper triangle represents the torso, the lower one the pelvis. The precarious balance of these triangles symbolizes the equilibrium of the world, and the couple. This equilibrium also has the practical and larksome aspect of being easily capable of animating bodies. It is an equilibrium without which the art of Warli painters would be utterly devoid of rhythm and life.

L'iconographie extrêmement rudimentaire des peintures de la tribu Warli, à laquelle appartient Jivya Soma Mashe, est construite autour d'un vocabulaire graphique dès plus basique : le rond, le triangle et le carré. Le rond et le triangle sont nés de l'observation de la nature; le rond de l'observation de la lune et du soleil et le triangle de celles des montagnes, et plus particulièrement de la montagne sacrée au sommet acéré, aigu, ou des arbres aux cimes pointées vers le ciel. Seul le carré ne semble pas né de l'observation de la nature et apparaît alors comme une création de l'homme afin de délimiter l'enclos sacré, la parcelle de terrain.

Les corps des êtres humains, comme ceux de nombreux animaux, sont représenter à l'aide de deux triangles inversés qui se rejoignent en leurs pointes respectives, le triangle supérieur figure le torse, le triangle inférieur évoque le bassin. L'équilibre précaire de ces triangles symbolise l'équilibre de l'univers, du couple. Cet équilibre a aussi l'aspect pratique et ludique de pouvoir aisément animer les corps. Équilibre sans lequel, rythme et vie seraient absent de leur art.